Françoise Dolto

Quelques textes de Françoise DOLTO…

L’auteur a utilisé l’écriture en italique pour marquer l’importance qu’il attachait à certains mots ou phrases ; les titres en gras comme les mots ou phrases soulignés sont de notre fait.

L’image inconsciente du corps

« Le corps matériel, lieu du sujet conscient, à tout instant le spatialise et le temporalise. L’image du corps au contraire, est hors lieu et hors temps, pur imaginaire et expression des investissements de la libido. [...] Toute idée mobilise des affects inconscients et, pour exprimer l’idée, les affects  mobilisés se projettent dans des formes qui, nées de notre imaginaire, se communiquent à l’imaginaire d’un autre être humain par le truchement de l’image du corps qui y est inconsciemment impliquée. [...] L’image du corps inconsciente est une synthèse vivante, à tout moment actuelle, de nos expériences émotionnelles, répétitivement vécues à travers les sensations érogènes électives, archaïques ou actuelles de notre corps.
L’image du corps en tant que corps humain n’apparaît que tardivement dans l’évolution libidinale : confirmant cette constatation clinique que l’enfant ne se sait fille ou garçon qu’à trois ans, et considère cette appartenance à la race humaine comme un cas particulier de son rapport à ses parents ce qui n’empêche pas dans la vie imaginaire, la superposition de son appartenance au monde des choses, des végétaux, des animaux. C’est avec la mise en place du complexe d’Oedipe que la magie substitutive des formes n’atteindra plus l’image du corps humain (représentatif du Moi) dans son symbolisme sexué. Le Moi Idéal (l’Idéal du Moi parfois) sera représenté dans des formes humaines, mais le « Ça » et le Surmoi resteront ambigus dans leur représentation, l’imaginaire continuant de leur prêter des formes archaïques de l’image du corps. »

Françoise Dolto, « Au jeu du désir : essais cliniques », Seuil, Paris, 1981, p. 73/76.


Besoin et désir

« Chez le nourrisson, lorsque le besoin est satisfait, le désir ne l’est jamais, tout au moins lorsque l’enfant ne dort pas. Mais le désir s’attache et se spécifie, en tant que différent du besoin, du fait de la zone de rupture dernière entre le corps de la personne nourrice qui a servi à la satisfaction du besoin, et le lieu de son corps propre par lequel l’enfant satisfait ce besoin. La psychanalyse a découvert dans certains lieux du corps cette origine commune en apparence dans la relation d’être humain à être humain, du besoin et du désir et comment le désir se spécifie du besoin  par cette séparation ressentie aux limites cutanéo-muqueuses du corps du bébé dont le sein de la mère lui est refusé après tétée.
Origine commune, dans la relation interhumaine, des lieux de satisfaction du besoin et du désir, mais lieux aussi de leur distinction du fait du désir non satisfait quand le besoin l’est. [...] Le désir, c’est l’appel à la communication interhumaine. [...] Le désir de communication émotionnelle subtile précède le besoin d’une communication d’assistance substantielle du nourrisson. »

Françoise Dolto, « Au jeu du désir : essais cliniques », Seuil, Paris, 1981, p. 271/273.

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