Wihelm Reich

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Quelques textes de Wilhelm REICH

L’auteur a utilisé l’écriture en italique pour marquer l’importance qu’il attachait à certains mots ou phrases ; les titres en gras comme les mots ou phrases soulignés sont de notre fait. 
Les objectifs de l’analyse caractérielle
«  Dans l’analyse caractérielle, nous essayons d’isoler les diverses attitudes caractérielles qui s’entrelacent et de montrer au patient que chacune d’elles sert une fonction défensive définie dans la situation immédiate. En relâchant les incrustations caractérielles, nous libérons les affects qui ont subi antérieurement une inhibition et une fixation. Toute dissolution réussie d’une incrustation caractérielle résulte en premier lieu d’une libération de colère ou d’angoisse [...].
En d’autres termes, en relâchant des attitudes caractérielles chroniques, nous sommes capables d’induire des réactions dans le système végétatif. La brèche dans le végétatif est d’autant plus complète et puissante que nous traitons plus à fond non seulement les attitudes caractérielles, mais simultanément­ les attitudes musculaires qui leur correspondent. Ainsi, une partie du travail (thérapeutique) se déplace du psychologique et du caractérologique à la dissolution immédiate de la cuirasse musculaire.
Le fait que la rigidité musculaire n’est d’aucune manière un « résultat », une « expression » ou un « accompagnement » du mécanisme du refoulement [...] je ne pus éviter l’impression que la rigidité physique représente, en réalité, la partie essentielle du processus du refoulement.
Sans exception, les patients racontent comment ils apprirent, au cours de certaines périodes de leur enfance, à supprimer leur haine, leur angoisse ou leur amour, au moyen de certaines pratiques qui influencèrent leurs fonctions végétatives, par exemple, en retenant leur respiration, en tendant leurs muscles abdominaux, etc.
La psychologie analytique concentra son attention uniquement sur ce que les enfants suppriment et sur les raisons de cette suppression. Mais personne ne s’attarda sur la manière dont ils luttent contre leurs émotions. Pourtant c’est précisément ce côté physiologique du processus de refoulement qui mérite notre observation la plus serrée.
Il est frappant de noter comment la dissolution d’une rigidité musculaire non seulement libère l’énergie végétative, mais aussi ramène à la mémoire la situation infantile même où le refoulement a eu lieu [...] : toute rigidité musculaire contient l’histoire et la signification de son origine. »
Wilhelm Reich, « La fonction de l’orgasme », traduction de l’anglais revue et corrigée par l’auteur : 1947, 2ème édition française revue et corrigée ; L’arche éditeur, Paris, 1970, p. 235/236. 
Psychanalyse et physiologie
« J’avais appris que [...] chaque fait psychique avait, en plus de sa détermination causale, une signification en termes de relation au milieu. C’est à cela que correspondait l’interprétation psychanalytique. Mais dans le domaine physiologique, il n’y a pas de telle « signification », et son existence ne saurait être supposée sans réintroduire une puissance surnaturelle.
Le vivant fonctionne simplement, il n’a pas de « signification » ».
Wilhelm Reich,  « La fonction de l’orgasme », traduction de l’anglais revue et corrigée par l’auteur : 1947, 2ème édition française revue et corrigée, L’arche éditeur, Paris, 1970, p. 208. 
Recherche d’une méthode thérapeutique brève
« Lorsque je débutai (comme psychanalyste), une analyse de six mois était considérée  comme longue. En 1923, une année constituait la durée minimum. L’opinion commençait même à s’établir que deux ou trois années n’étaient pas inutiles, étant donné que les névroses étaient des troubles très compliqués et sérieux. Freud avait écrit sa célèbre Histoire d’une névrose infantile sur un cas analysé pendant cinq ans. Il est vrai qu’il en avait obtenu la connaissance de tout l’univers infantile. Mais les psychanalystes faisaient de nécessité vertu. »Wilhelm Reich, « La fonction de l’orgasme », traduction de l’anglais revue et corrigée par l’auteur : 1947, 2ème édition française revue et corrigée, L’arche éditeur, Paris, 1970, p. 73. 
La formule de l’orgasme
« 1- Les organes se remplissent de fluide : érection avec tension mécanique ;  
  
2- Cela mène à une excitation intense que je suppose être de nature électrique : charge électrique ;
  
  
3- Dans l’orgasme, la charge électrique ou l’excitation sexuelle se décharge en contractions musculaires : décharge musculaire ;
 
  
4- Suit une relaxation des organes génitaux sous l’effet du reflux des fluides corporels : relaxation mécanique.
 
Ce rythme à quatre temps : tension mécanique
ð charge électrique ð décharge électrique ð relaxation mécanique [...] est ce que j’ai appelé la formule de l’orgasme ».Wilhelm Reich, « La fonction de l’orgasme », traduction de l’anglais revue et corrigée par l’auteur : 1947, 2ème édition française revue et corrigée, L’arche éditeur, Paris, 1970, p. 216. 
Réfutation du concept freudien de « pulsion de mort »«  L’orgasme et la mort étaient tous deux représentés par la sensation de se dissoudre, de se perdre, de fondre. Le désir d’anéantissement, de « nirvana », de mort s’identifie avec le désir de détente orgastique, autrement dit à la manifestation la plus importante de la vie. Il ne saurait y avoir de représentation de la mort découlant de la mort effective de l’organisme, car une représentation ne peut formuler que ce qui a déjà fait l’objet d’une expérience personnelle : or personne n’a fait l’expérience de sa propre mort.
Les représentations de la mort telles que nous les découvrons dans l’analyse sont de deux espèces différentes : les unes s’associent à l’idée de graves blessures ou de la destruction de l’organisme psychophysique ; dans ce cas, elles sont accompagnées de vives angoisses et rejoignent l’idée de la castration génitale. Ou bien, elles reflètent des satisfactions orgastiques ou la sensation plaisante d’une dissolution du corps, d’une désagrégation ; dans ce cas, il s’agit de représentations dont l’objectif est essentiellement sexuel.
Dans ces circonstances très particulières, par exemple chez le masochiste, la sensation orgastique est en elle-même chargée d’angoisse ; on rencontre très rarement chez lui, pour paradoxal que cela puisse paraître à un théoricien de la pulsion de mort, le moindre désir de « nirvana ».
[...] Les théories antagonistes que sont la théorie métaphysique de la « pulsion de mort » et la théorie clinique de l’orgasmeavaient pour point de départ la réaction thérapeutique négative des malades à l’interprétation directe des symptômes. Toutes deux visaient à une explication biophysiologique du phénomène. La théorie de la pulsion de mort affirmait l’existence d’un désir absolu de souffrance et de mort, la théorie de l’orgasme aboutissait à l’étude [...] de phénomènes subordonnés à des découvertes sur le mécanisme de la vie.
[...] La controverse relève en dernière analyse de la biologie, il est impossible de trancher par des arguments psychologiques. »
Wilhelm Reich, « L’analyse caractérielle », Payot, Paris, 1971, p. 285/286. 
La formation du caractère et le refoulement« La relation entre le caractère et le refoulement réside précisément en ceci que c’est la nécessité de refouler les désirs instinctuels qui donne naissance au caractère. [...] Laformation du caractère rend superflu un grand nombre de refoulements, du fait que les énergies instinctuelles qui, dans le cas du simple refoulement restent flottantes, se trouvent absorbées par la formation du caractère. Ainsi, la mise en place d’un trait de caractère indique qu’un problème a trouvé sa solution, ou bien il rend inutile un processus de refoulement, ou bien il le transforme en une structure relativement rigide et acceptée par le Moi.
Le processus de la formation du caractère correspond donc entièrement à la tendance du Moi à mettre en harmonie les différents désirs psychiques. Ceci fait comprendre pourquoi l’élimination de refoulements ayant servi à la formation de traits de caractère bien définis est infiniment plus ardue que l’élimination de refoulements qui sont à l’origine d’un symptôme.
Voilà qui explique qu’il existe un rapport précis entre le point de départ de la genèse du caractère, c’est-à-dire la protection du Moi contre les dangers actuels, d’une part, et la fonction ultérieure du caractère consistant à défendre le Moi contre les pulsions instinctuelles dangereuses, contre la stase de l’angoisse et l’absorption des énergies pulsionnelles, de l’autre.
[...] Deux principes économiques président à la formation du caractère : le fait d’éviter l’angoisse (réelle) et l’emmagasinement de l’angoisse (stase). Mais il en est un troisième, le principe de plaisir. Le processus de la formation du caractère est déclenché par un mouvement de l’organisme psychique visant à échapper aux dangers qu’entraîne la satisfaction de ses instincts. Mais dès que le caractère est formé, le principe de plaisir agit pour que le caractère ne serve pas seulement, comme le symptôme, à des fins défensives mais procure, sous une forme déguisée, des plaisirs instinctuels.  
[...] L’énergie des pulsions instinctuelles refoulées, notamment les pulsions prégénitales et sadiques, est largement absorbée par la mise en place et le maintien du mécanisme de protection. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’une satisfaction d’un plaisir direct et immédiat, mais elle n’en aboutit pas moins comme dans la satisfaction déguisée du symptôme, au relâchement de la tension instinctuelle. Bien que différente, au plan phénoménologique, de la satisfaction directe, le relâchement de la tension n’en a pas moins la même fonction économique : dans les deux cas la tension décroît. L’énergie instinctuelle est consumée par le processus aboutissant à l’assemblage et à l’alliage des contenus du caractère (identifications, formations réactionnelles, etc.). »Wilhelm Reich, « L’analyse caractérielle », Payot, Paris, 1971 p. 159/160.  
Le transfert« Au point de vue économique, le maniement du transfert vise à concentrer toute la libido d’objet dans un seul transfert purement génital, ce qui rend nécessaire non seulement la libération des énergies sadiques et narcissiques prisonnières de la cuirasse caractérielle, mais aussi la résolution des fixations prégénitales. La libération des pulsions narcissiques de la cuirasse caractérielle fait refluer les énergies sur les positions prégénitales. On constate alors un transfert positif passager de caractère prégénital, c’est-à-dire plus infantile.
Ce transfert favorise la percée de fantasmes prégénitaux et de désirs incestueux facilitant la résolution de fixations prégénitales. Mais toute libido libérée de ses fixations prégénitales reflue vers la position génitale où elle intensifie, en cas d’hystérie,  ou réactive,­ en cas de névrose obsessionnelle ou de dépression,­ la situation oedipienne génitale.
Ce processus s’accompagne en général d’angoisses plus ou moins aiguës et de la réactivation de l’hystérie d’angoisse infantile. C’est là le premier signe d’un réinvestissement du stade génital. Mais ce qui apparaît à ce stade n’est pas le désir oedipien génital comme tel mais la défense contre lui, l’angoisse de castration.
Il est à noter que la concentration de la libido au stade génital est d’abord temporaire, car peu après, l’angoisse de castration refoule provisoirement la libido vers ses points de fixation narcissiques et prégénitaux. Ce processus se répète habituellement plusieurs fois de suite. Chaque percée du désir d’inceste génital est suivie d’un reflux de la libido, conséquence de l’angoisse de castration. Grâce à la réactivation de l’angoisse de castration, l’ancien mécanisme, capable de fixer l’angoisse, entre à nouveau en action. On assiste alors à l’apparition de symptômes transitoires ou plus fréquemment à la réactivation du dispositif de défense narcissique.
L’analyse a évidemment pour tâche de s’acharner contre ce mécanisme de défense ; l’interprétation met au jour des matériaux infantiles émergés de couches plus profondes et dissout à chaque percée de la génitalité une certaine quantité d’angoisse. Le processus se reproduit sans cesse jusqu’à ce que la libido puisse se maintenir dans une position génitale ; à ce moment, l’angoisse, les pulsions prégénitales et narcissiques, cèdent le pas aux sensations et aux fantasmes transférentiels génitaux.
[...] À ce stade de l’analyse [...] le noyau de la névrose, la stase névrotique, refait son apparition. Elle correspond à la stase de la libido dès lors flottante. C’est à ce stade que le vrai transfert positif se déploie dans toute sa force, transfert de tendresse mais aussi de sensualité. [...] Lorsque ce stade de la cure est atteint, il faut procéder à la résolution du transfert. »Wilhelm Reich, « L’analyse caractérielle »,  Payot, Paris, 1971, p. 128/129.  
Phase de latence et caractère compulsif« Pendant la phase de latence - qui est particulièrement marquée chez les caractères compulsifs -­ les formations réactionnelles anales et sadiques se trouvent renforcées et déterminent en fin de compte le caractère. Pendant la puberté, le processus recommence sous une forme abrégée sous la poussée des besoins sexuels accrus. On note en général d’abord des pulsions sadiques contre les femmes (fantasmes de viol, de flagellation, etc.), accompagnées de sentiments très vifs d’infériorité et de débilité affective ; elles suscitent des compensations narcissiques sous forme de réactions morales ou esthétiques.
Les fixations anales et sadiques s’intensifient ou se réactivent ­ après une brève et vaine tentative d’activité génitale, ce qui entraîne de nouveau la mise en place des formations réactionnelles correspondantes.
A la suite de ces processus en profondeur, la puberté des compulsifs se déroule selon un schéma typique. Au départ, on observe une diminution progressive des réactions affectives qu’un observateur superficiel pourrait taxer d’ « adaptation sociale » et que le malade peut considérer comme telles. Mais le blocage affectif s’accompagne d’un sentiment de vide intérieur et du désir très vif « de recommencer sa vie », désir qui conduit parfois à des tentatives absurdes. »
Wilhelm Reich, « L’analyse caractérielle »,  Payot, Paris, 1971, p. 191. 
La disposition segmentaire de la cuirasse musculaire« Les différents blocages musculaires ne correspondent pas à certains muscles ou nerfs isolés. Si l’on recherche les lois qui règlent inéluctablement ces blocages, on découvre que la cuirasse obéit à une disposition segmentaire. [...] Le terme de « structure segmentaire » indique que la cuirasse agit sur le devant, sur les côtés et à l’arrière à la manière d’un anneau. [...] Les segments de la cuirasse comprennent donc tous les organes et groupes de muscles qui entretiennent un contact fonctionnel entre eux, capable de les faire participer au mouvement expressif. [...] La structure segmentaire de la cuirasse est toujours perpendiculaire à la longueur du torse, jamais dans le sens de celle-ci.
[...] La difficulté à libérer des émotions nous révèle une donnée d’ordre biophysiologique extrêmement importante :
1) la cuirasse segmentaire est divisée en anneaux formant un angle droit avec la colonne vertébrale ;
2) les courants plasmatiques et les excitations affectives que nous produisons évoluent dans le sens de l’axe du corps.
L’inhibition du langage affectif de l’expression s’opère donc perpendiculairement à la direction du courant orgonotique.Étant donné que l’ensemble des courants orgonotiques ne saurait converger dans l’orgasme que si leur libre passage est assuré sur toute la longueur de l’organisme et que, d’autre part, les segments sont perpendiculaires à l’écoulement des courants orgonotiques, il est évident que le réflexe orgastique ne saurait s’installer qu’après la résolution de tous les anneaux de la cuirasse.
[...] La structure segmentaire de la cuirasse musculaire représente le ver dans l’homme.
Les mouvements de ce ver qui obéissent à des ondes d’excitation progressent de la queue vers la tête, se propagent de segment à segment. [...] À la queue, les ondes prennent naissance, l’une après l’autre, dans un mouvement de déplacement. Les segments se contractent et se décontractent alternativement et rythmiquement.
Chez les vers et les chenilles, le déplacement est tributaire de ce mouvement ondulatoire du plasma. Comme il n’y a rien d’autre, force nous est de conclure que c’est l’énergie biologique elle-même qui se déplace grâce à ces mouvements ondulatoires. [...] Le mouvement ondulatoire de l’orgone du corps est lent et correspond, par son rythme et son expression, aux excitations affectives de la fonction de plaisir que nous ressentons subjectivement comme une ondulation.
Dans l’organisme cuirassé, l’énergie d’orgone est liée par les contractions musculaires permanentes. Après la réduction d’un anneau de la cuirasse, l’orgone du corps ne se met pas aussitôt à circuler librement. On observe d’abord des convulsions cloniques, accompagnées de fourmillements et de picotements. Cela indique que la cuirasse se détend et que l’énergie commence à s’écouler.
Une véritable sensation d’excitation plasmatique ondulatoire n’apparaît guère avant le dégagement d’un certain nombre de segments et la libération des muscles des yeux, de la bouche, du cou et du diaphragme. C’est alors seulement que nous observons des contractions ondulatoires dans les parties dégagées du corps, qui se propagent en direction de la tête et des organes génitaux.
[...] Dès que s’évanouissent les premiers blocages de la cuirasse et qu’apparaissent les courants et les sensations orgonotiques, l’expression d’ « abandon » se développe de plus en plus. Mais les restes de la cuirasse empêchent son libre épanouissement. »Wilhelm Reich, « L’analyse caractérielle »,  Payot, Paris, 1971, p. 313/315.

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