Denis Vasse

Quelques textes de Denis VASSE…

L’auteur a utilisé l’écriture en italique pour marquer l’importance qu’il attachait à certains mots ou phrases ; les titres en gras comme les mots ou phrases soulignés sont de notre fait.

Le refus de la castration

« La névrose est évitement de la castration et refus de la différence entre Réel et Imaginaire. L’opération de la parole dans la chair crée la différence ente objet et sujet comme entre sujets nés d’une origine unique.
Cette opération de la parole fait de l’homme un sujet, et non pas un objet. Il parle en son nom. En parlant il est identifié à celui qui fait, qui crée les différences qui constituent l’univers.
En tant qu’agent originaire des différences, la parole n’est rien de représentable dans l’ordre des objets : elle est sujet. L’Autre est un sujet. Il est la parole. Si elle était représentable, elle serait différenciée dans l’ordre des choses, des objets. [...] L’homme n’existe qu’en tant qu’il parle, mais c’est à la condition d’être différencié de ce dont il parle. Les choses n’existent qu’en tant qu’elles sont représentées par des mots, mais, d’être parole incarnée, l’homme est un corps parlant, désirant, vivant. En parlant, il est révélation de ce qui parle. En désirant, il est révélation d’une parole autre qui est et qui n’est pas lui. [...] Le psychanalyste apprend de chacun de ses patients que « ne pas avoir reçu la castration » est la manière de refuser l’incarnation et de demeurer dans une image de soi que soutient le fantasme de toute-puissance du « moi tout seul ».
[...] Le refus de la castration est du registre d’une jouissance qui installe dans une sorte de vengeance. La vie y est réduite à un objet de jouissance. Vengeance de n’être pas tout ou rien. Vengeance que soutient en sa prétention obstinée le fantasme de toute puissance qui est déni de la parole originaire et de l’Autre du désir. »

Denis Vasse, « La grande menace », Seuil, Paris, 2004, p. 444/445.


L’amour et la jalousie

« Le corps devient l’endroit du retrait au lieu d’être la médiation de l’échange avec les autres, le rapport vivant entre le monde extérieur et la vie intérieure. Si vous n’avez pas compris ça, vous ne pouvez pas entendre un psychotique qui va tout à fait fonctionner avec sa tête sans pouvoir vivre. Seul un autre peut témoigner de la vie qui est en nous. Encore faut-il que l’adulte soit fiable, que l’enfant puisse croire en ce qui s’exprime par sa parole et son comportement. Autrement l’enfant se met en retrait, évite de demander et de répondre. Il finit par s’abandonner lui-même pour ne pas être abandonné. Faute d’être aimé, il n’aime ni son prochain ni lui-même. Le sentiment de l’amour est pour lui mensonge ou illusion. Jamais il ne l’éprouvera comme la vérité en lui. Là où il ne peut être aimé dans son corps, où il est abandonné en tant que sujet, il ne peut que haïr le corps où il est en retrait de tout. Il se coupe de toute origine dans l’exaspération répétitive d’une ambivalence qui l’emprisonne en lui-même comme dans un objet dont il jouit dans la mesure où il le retire à la jouissance des autres. Là brûle le creuset de la jalousie. »

Denis Vasse, « La grande menace », Seuil, Paris, 2004,  p. 243/244.


De l’interprétation

« Vous ne pouvez pas entrer dans la zone de l’archaïque si vous ne prenez pas en compte la confusion entre la jouissance sexuelle et la jouissance digestive. Un enfant qui entend ses parents faire l’amour de manière répétitive peut ne l’éprouver que comme jouissance dans le ventre. Ou alors dans le regard. [...] Quelquefois, les symptômes disparaissent à la suite d’une série d’interprétations sans que le patient sache pourquoi. Il est furieux en général de ne pas savoir pourquoi il va mieux. Ne pas récupérer narcissiquement par le savoir la compréhension des processus inconscients qui nous conduisent au plus intime de nous-mêmes semble vexant. L’évocation d’une érotisation orale ou voyeuriste pour l’enfant, là où il était sidéré par le débordement d’une jouissance non symbolisée et non symbolisable pour lui, le précipite toujours dans la panique. Les gémissements du coït ne sauraient être entendus que comme la jouissance de ses pleurs lorsqu’il a faim et que sa mère le prend dans ses bras pour lui donner le sein. »

Denis Vasse, « La grande menace », Seuil, Paris, 2004,  p. 245/246.

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